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En Provence, un conte de Noël

Le canon du capélan.

Tout se passait bien dans le haut var et dans les villages entourant le plateau de Canjuers.

 

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Sauf  à Ste Cigale, où le brave curé voyait son église se détruire un peu plus chaque année. Le maire, un féroce camarade à la chemise rouge, ne voulait pas sortir un sou pour remettre en état cet établissement dont son saint patron ( pourquoi n’en aurait-il pas eu un  lui aussi )  Joseph Vissarionovich Djougachvili, le petit père des peuples, camarade Staline  avait décrété que c’était dans ce type de lieu qu’était distribué « l’Opium du peuple ».

Ce qui rendait bien malheureux le père Bronzès que les villageois appelaient Bronzefès parce que qu’il avait des regards attendris sur ses jeunes paroissiennes quand elles se baignaient l’été, en tenue légère, dans la rivière voisine.

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Mais ce n’était là que péché véniel se disait-il, s’accordant volontiers l’absolution , songeant que tout ce que ta main n’atteint pas n’est qu’un songe, reprenant ainsi une citation d’un célèbre poète français.

Il renouvelait sans cesse ses demandes en mairie et était à chaque fois accueilli par des sarcasmes du genre « À bas la calotte, vive la sociale ».

Auprès de l’évêque, son supérieur hiérarchique, il avait obtenu de seuls encouragements spirituels « Priez mon fils… »

Sauf qu’un jour, suite à ses nombreux appels auprès du seigneur, un miracle se produisit. Dieu sans doute voulant calmer cette belle âme, fit germer une idée diabolique dans l’esprit de quelques politiciens, la création d’un champ de tir au canon su le plan de Canjuers.

Entre-temps, le brave capélan désespéré s’était mis à rechercher l’apaisement dans les pastis anisés de fabrication locale ; vous savez celui qui était fait avec une fiole que le pharmacien vendait en sous-main, que l’on versait dans une bouteille de l’eau-de-vie sortie d’un alambic clandestin. L’alcool en question obtenue ainsi pouvait titrer très fort. Ce qui lui faisait passer des nuits cauchemardesques, en particulier quand il entendit un matin une détonation violente. Il s’agissait du début des premiers exercices d’artillerie.

Inutile de vous dire que l’église sensible au tremblement du sol ,  en prit un coup elle aussi, sa façade commençant à se lézarder.

L’accueil en mairie fut encore pire qu’à l’ordinaire.

Les jours passaient, les nuits du curé devinrent infernales. Ce qui lui fit apparaître Satan de rouge vêtu glapissant que c’en était fini de la maison de son concurrent. Il faut dire que suite à la réponse communale, il avait un peu forcé sur le pataclet. Aussi, il entrepris de faire une neuvaine sans alcool et là les voix nocturnes l’abandonnèrent carrément.

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Nous étions en décembre, le brave père Bronzès, ne sachant plus à quel saint se vouer, se tournant vers une image païenne, demanda l’aide du Père Noël, qui finit par l’exaucer sous une forme bien particulière.

C’est ainsi qu’au matin, il croisa dans le village des gamins en train de jouer avec la douille d’un obus de 105, fauché sur le terrain lors des dernières manœuvres ou tombé d’un camion comme on le dit maintenant.

Telle l’épée de l’archange St Michel, un éclair de génie apparut soudain dans l’esprit du curé. Il commença par s’emparer de l’objet en question prétextant sa dangerosité dans des mains si jeunes.

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Et trois jours après, suite à un violent tir de barrage effectué là-haut. Il se rendit auprès de la gendarmerie locale pour déposer une plainte contre l’armée prétextant qu’un obus venait de toucher l’église qui menaçait ruine. Il en avait pour preuve la douille réquisitionnée.

Le brigadier allait prendre cela à la rigolade stipulant que rien ne prouvait que le dit obus, s’il existai et avait commis ce délit de destruction, y correspondait bien.

C’est alors que le père Bronzès le prenant de très haut  fit savoir que l’évêque au courant de ce qui se passait, ne manquerait pas d’en référer en haut lieu.

Devant cette menace, le gendarme fit suivre la plainte auprès du procureur. Qui lui-même la transmit au ministère de la défense. Le colonel commandant le champ de tir, mis en demeure à son tour, délégua une section pour remettre la maison du seigneur en état.

Les troufions, pas contents, avaient beau chanter à tue-tête, en maniant la truelle, l’hymne du régiment  où il est question d’un  artilleur de Metz retour de permission qui fait connaître ses viriles intentions aux filles qui se tiennent à leur balcon, le père Bronzès, deux mois plus tard , recevait les autorités ecclésiastiques venus bénir ces travaux rédempteurs d’une architecture en péril.  

Le maire invité n’était pas présent et dut se contenter lors du conseil municipal suivant d’évoquer là  « l’alliance retrouvée du sabre et du goupillon ».

L’évêque présent lui, auprès duquel le capélan alla se confesser lui répondit que comme chacun sait très souvent « les voies du seigneur sont impénétrables. »



01/01/2017
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